Le Magazine Jeune Afrique parle de Kivu Nuru

Lorsqu’on évoque Goma, c’est trop souvent pour parler des exactions qui meurtrissent la région des Grands Lacs : massacres de civils, violences sexuelles, pillages ou déplacements de populations. Pourtant la capitale du Nord-Kivu possède un autre visage… À la fois paisible, vivant et entreprenant. Suivez le guide !

http://www.jeuneafrique.com/258567/societe/grand-format-rdc-goma-volcanique-on-ne-jamais-racontee/

Ce jour-là, le ciel est bleu. Il fait beau, frais. On est loin du soleil tropical féroce qui luit partout ailleurs dans le pays. Patrick Abega nous ouvre la porte de sa rédaction. Nous le suivons dans une petite pièce au rez-de-chaussée. Des journalistes jeunes, âgés entre 25 et 35 ans, l’attendent pour la conférence de rédaction. « Comme vous le voyez, tous les jeunes gens n’ont pas rejoint les groupes armés pour porter des kalachnikov et terroriser la population », glisse-t-il entre deux « jambo ! » (bonjour, en swahili) adressés à ses collègues. « Ils ont choisi d’être là pour essayer de faire bouger les lignes avec leurs caméra et leurs micros ! »

Sous les volcans

Construite sur la rive droite du lac Kivu, cernée par la chaîne volcanique des Virunga dont deux cratères sont encore en activité – le Nyiragongo et le Nyamulagira -, Goma voudrait désormais recouvrer son statut d’antan : celui de capitale touristique de la RDC. Car la ville ne manque ni de ressources ni de richesses à faire valoir, et les conflits armés à répétition qui ont éclaté après 1994 (année de l’arrivée massive des réfugiés rwandais après le génocide des Tutsis) ou les récentes éruptions volcaniques ne sont pas parvenus à entamer son charme.

C’est d’ailleurs sur les couches de la lave solidifiée du Nyiragongo, qui s’était épanché dans la ville en 2002, qu’une bonne partie de la capitale du Nord-Kivu s’est reconstruite, offrant à plusieurs immeubles leur aspect si particulier, en pierres de lave. « Cette couleur noire est devenue une marque de fabrique que l’on aperçoit sur la plupart des infrastructures de la ville », commente Willy Kambale, agent immobilier. « Après l’éruption, les maisons réhabilitées ou construites à Goma ont pris de la hauteur : les premier et deuxième, voire troisième étages d’hier, submergés par la coulée de lave, sont devenus des rez-de-chaussée d’aujourd’hui », précise-t-il.

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Patrimoine mondial de l’humanité

Mais le statut touristique de Goma provient davantage du milieu naturel exceptionnel qui l’entoure que de la beauté toute relative de ses constructions. Bâtie sur l’ancien Mont Goma, la ville s’élève au cœur de sites classés par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. Il en est ainsi du parc national des Virunga, qui regorge d’une faune et d’une flore exceptionnelles et abrite notamment la dernière population de gorilles de montagnes.

« Au-delà de ces considérations, le parc joue [également] un rôle crucial au sein de la communauté avec son fort potentiel économique », explique Mélanie Gouby, journaliste française au centre de la trame narrative du documentaire Virunga, nominé cette année aux Oscars. « Avant la guerre, le tourisme représentait la toute première industrie de la région, ajoute-t-elle. Protéger les gorilles, c’est donc protéger le potentiel économique du parc. » Et, par extension, celui de Goma.

Faites entrer les artistes !

Mais il y a bien un sujet sur lequel la capitale du Nord-Kivu peut être citée en exemple dans toute la région. Celui du dynamisme artistique. Goma vit. Goma vibre. Tous les artistes de la région s’y réunissent par exemple chaque année à l’occasion du Festival Amani. Ils viennent du Rwanda et du Burundi, mais aussi d’ailleurs sur le continent. Le Malien Habib Koité et l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly ont notamment pris part à l’événement en février 2015, réservant au public des spectacles mémorables.

Depuis mars 2014, les créateurs  et les artistes de Goma ont trouvé un autre repère : Kivu Nuru. C’est une initiative de Mapendo Sumuni, 31 ans. Cette jeune passionnée de mode, responsable de la « maison d’art » explique : « Au départ, je travaillais seule. Mais très vite, je me suis rendue compte qu’il fallait collaborer avec les autres artistes pour mettre également en valeur leurs œuvres. Non seulement, Kivu Nuru promeut les artistes de la ville, mais la plateforme sert également à exposer et à vendre leurs œuvres ». Pour attirer l’attention du public, un défilé de mode, un « dîner en blanc » et un marché de Noël sont organisés chaque année dans la ville.

Trésor Kibangula/J.A.

Certains artistes espèrent s’installer à Goma. Pam Martens, 30 ans, s’apprête même à y reposer ses valises. Elle a quitté la ville il y a plus de vingt ans pour aller vivre à Bruxelles. Aujourd’hui, styliste, elle est revenue présenter sa collection « King Kongo » lors du Festival Amani. « C’est ma seule façon d’aider : vendre des T-shirts et donner les bénéfices qui en résultent aux associations qui s’occupent notamment des enfants orphelins et victimes de violences », souligne-t-elle. Gorille couronné mais en larmes, masques rega, effigies de Patrice-Emery Lumumba… La collection « King Kongo » interpelle.

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